Plateau

Couverture Plateau

Résumé : Plateau, c’est un hameau en Haute-Corrèze où réside un couple de vieux paysans, Virgile et Judith. Judith, est maintenant atteinte d’Alzheimer, elle oublie tout sauf une chose : elle a mal vécu l’absence d’enfant dans le foyer. Le couple a élevé Georges, ce neveu dont les parents sont morts d’un accident de voiture alors qu’il avait cinq ans. Maintenant Georges vit dans une caravane face à la maison de Virgile et Judith. Alors lorsque Cory, la nièce de Judith, emménage chez Georges, lorsqu’un ancien boxeur, Karl, tiraillé entre ses pulsions sexuelles et sa croyance en Dieu vient s’installer dans une maison du hameau et qu’un mystérieux chasseur sans visage rôde alentour, Plateau prend des allures de village où toutes les passions se déchaînent.

J’entends parler de Franck Bouysse depuis plusieurs mois, notamment suite à la sortie de son roman Né d’aucune femme chez les éditions de la Manufacture et disponible en poche depuis le mois d’août. C’est avec Plateau que je découvre la plume très particulière de cet auteur.

Je m’attendais à un roman policier, Plateau s’avère être différent de ce que j’imaginais. Pour moi, il s’agit plus qu’un roman policier. Ma lecture me rappelle celle de Conséquences de Darren Williams.

Tapi sous les branches basses d’un épicéa, le chasseur tient le fût de sa carabine à main droite, la crosse repose sur une rangers. Le poste d’observation idéal, ce flanc de vallon boisé de conifères, d’où il peut épier l’ensemble du hameau. Il pointe son arme vers la ferme de Virgile, porte un œil à sa lunette. Un étrange spectacle se joue en contrebas. La vieille est en train de tuer un poulet sans se soucier du sang qui gicle sur sa robe. Puis elle balade le cou entre ses jambes et ses lèvres tremblent en même temps. Lui la regarde posée comme une statue.

Le lecteur est plongé dans une ambiance rurale et sombre, dans un endroit coupé de toute civilisation. Sur ce plateau évoluent plusieurs personnages, torturés par des non-dits et des secrets familiaux. Une menace rode autour d’eux. L’identité de ce « mystérieux chasseur sans visage » est d’ailleurs facile à deviner mais cela n’enlève rien à la force de roman qui, pour moi, réside dans ses personnages.

Nous apprenons à les connaître en découvrant leur passé et leurs secrets. Ce roman est sombre, le style de l’auteur est travaillé. Il y a beaucoup de métaphores, de poésie et j’ai parfois eu du mal à me projeter dans cette campagne car le vocabulaire employé n’était pas familier. La nature est aussi un personnage de ce roman. La fin est violente et percutante.

Pour conclure, cette lecture change de celles que je peux avoir d’habitude, moi qui suis habituée à des policiers nordiques où les rebondissements et les révélations sont au cœur de l’intrigue et dans tous les chapitres. J’ai passé un très bon moment et je suis curieuse de découvrir d’autres livres de Franck Bouysse.

Plateau de Franck Bouysse, 384 pages, éditions Le Livre de Poche, 2017, 7,60€, 9782253164173

Laurine

Les premières lignes #4

Le principe : chaque dimanche, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Rendez-vous initié par Ma Lecturothèque.

Couverture Respire

Il est des heures où, depuis la nuit, glisse une ombre froide et incolore. Elle se laisse couler tout le long du couloir central, avant de se faufiler sous les portes en ferraille jusqu’à ce petit espace restreint encerclé par les murs des cellules. Et c’est cette même opacité qui vient nous rendre visite chaque soir, fidèle, inaltérable. On a beau passer des heures à regarder ce vide qui soudain enveloppe le monde sous nos yeux, il arrive que l’on ne puisse plus deviner aucun repère avant la pointe du jour, derrière les grilles électriques qui emmurent la cour, dans ce néant sans fin ni commencement.

Respire de Anne-Sophie Brasme, 190 pages, éditions Le Livre de Poche, 2001, 2253153648

 

J’ai vu l’adaptation cinématographique réalisée par Mélanie Laurent et qui est disponible sur Netflix. Je vous invite à voir ce film qui est l’un de mes préférés. Je l’ai à la fois aimé et détesté.

 

Miséricorde

Résumé : Pourquoi Merete Lyyngaard croupit-elle dans une cage depuis des années ? Pour quelle raison ses bourreaux s’acharnent-ils sur la jeune femme ? Cinq ans auparavant, la soudaine disparition de celle qui incarnait l’avenir politique du Danemark avait fait couler beaucoup d’encre. Mais, faute d’indices, la police avait classé l’affaire. Jusqu’à l’intervention des improbables Carl Morck et Hafez el Assad du Département V, un flic sur la touche et son assistant d’origine syrienne. Pour eux, pas de cold case…

Cela fait plusieurs années que j’entends parler des enquêtes du département V et je profite de cette période de confinement pour les découvrir. J’ai adoré ce premier tome !

Il s’agit d’un tome d’introduction dans lequel nous faisons la connaissance de deux personnages : Carl Morck, un policier et son nouvel assistant, Hafez el Assad, appelé Assad. Le scénario est assez classique : Carl est tourmenté par un événement. Une de ses enquêtes a mal tourné, l’un de ses coéquipiers et ami est décédé et un autre se retrouve à l’hôpital dans un terrible état.

Dans ce contexte, le département V est créé dans le commissariat dans lequel il travaille. Ce département propose de reprendre des enquêtes non résolues précédemment. Et c’est ainsi que Carl se plonge dans le dossier concernant Merete Lyyngaard, une politicienne danoise qui a disparu mystérieusement sur un bateau, en pleine mer…

Pour moi, le point fort de ce roman est le duo que forme Carl et Assad. Nous ne savons pas grand chose d’Assad. C’est un est réfugié politique syrien. Nous en apprendrons sans doute plus dans les prochains tomes. Je me suis déjà beaucoup attachée à lui. Il a des réactions assez drôles (l’humour est très présent dans ce roman), d’autres qui peuvent paraître assez naïves parfois et pourtant, il se débrouille bien et aide énormément Carl.

J’ai d’ailleurs eu plus de mal avec ce dernier. Son personnage peut sembler un peu « cliché ». Il incarne encore la figure du flic torturé par son passé. Pourtant, c’est un personnage à la fois fort et pleins de faiblesses.  J’attends de voir son développement. La principale chose qui me dérange chez lui sont les nombreuses remarques sexistes qu’il peut avoir vis-à-vis des femmes qui l’entourent. Carl commente souvent leur physique et c’est dérangeant à mes yeux. Il a même eu une remarque homophobe.

Un autre point intéressant est la formation du département V. Nous voyons comment est crée le département V, quels sont ses enjeux et quels sont les enjeux au sein même du commissariat. La situation profite même à certains du point de vue économique puisqu’une subvention est versée. J’ai beaucoup aimé les relations entre les différents policiers, certaines sont conflictuelles et sont bien développées.

L’enquête est passionnante. L’alternance de deux époques dynamise énormément le récit. Nous voulons toujours en savoir plus une fois un chapitre terminé. Le livre se lit très rapidement. Nous suivons l’enquête dans le présent mais aussi le personnage de Merete. Elle est emprisonnée dans une cage. Les années passent et nous découvrons quel sort ses bourreaux lui réservent.

C’est un personnage féminin très fort que j’admire beaucoup. Malgré les événements, elle reste forte, elle essaye de ne pas sombrer dans la folie et ne se laisse pas faire. Elle veut s’en sortir pour retrouver son frère. Leur relation est vraiment belle.

She’d been lying on the floor thinking about books. That was something she often did in order not to think about the life she might have had if only she’d made different choices. When she thought about books, she could move into a whole different world. Just remembering the feeling of the dry surface and inexplicable roughness of the paper could ignite a blaze of yearning inside of her. The scent of evaporated cellulose and printer’s ink. Thousands of times now she’d sent her thoughts into her imaginary library and selected the only book in the world that she knew she could recall without embellishing it… A philosophical little bear named Winnie the Pooh was her salvation. Her only defense against madness. Pooh and all the animals in Hundred Acre Wood.

J’ai été un peu déçue par la fin du livre. En effet, à cause d’une phrase dans le roman, j’ai deviné l’identité de l’un des bourreaux de Merete. Malgré ça, ce fut une très bonne lecture et j’ai hâte d’entamer le deuxième tome et de découvrir une nouvelle enquête du département V.

Miséricorde de Jussi Adler-Olsen, 526 pages, éditions Le Livre de Poche, collection Thriller, 2013, 8,20€, 9782253173618

Laurine